De la différence entre les complots et le complotisme

Chapeau bas M. Lordon :

Il faudrait sans doute commencer par dire des complots eux-mêmes qu’ils requièrent d’éviter deux écueils symétriques, aussi faux l’un que l’autre : 1) en voir partout ; 2) n’en voir nulle part.

Il serait temps de faire la part des complots – comme faits avérés, puisqu’il en existe certains – et du complotisme – comme forme générale –, soit d’en appeler, en quelque sorte, à une pensée non complotiste des complots, c’est-à-dire aussi bien : 1) reconnaître qu’il y a parfois des menées concertées et dissimulées – on pourra les appeler des complots, et 2) refuser de faire du complot le schème explicatif unique de tous les faits sociaux, ajouter même que de tous les schèmes disponibles, il est le moins intéressant, le moins souvent pertinent, celui vers lequel il faut, méthodologiquement, se tourner en dernier… et ceci quoiqu’il ait parfois sa place ! Et il faudrait surtout consolider cette position intermédiaire à l’encontre de tous ceux pour qui maintenir l’amalgame des complots et du complotisme a l’excellente propriété de jeter le bébé avec l’eau du bain, en d’autres termes de garantir l’escamotage des faits de synarchie avec la disqualification de la forme « complotisme ».

L’article complet est .

L’analyse de l’absence de réaction des peuples est également brillante :

Alors ça, c’est la grande question et il n’y a pas de réponse générale, il n’y a que des cas particuliers. Comment se produit une formation d’affects collectifs suffisamment puissants pour déterminer un mouvement de désir collectif lui aussi, c’est-à-dire des mises en mouvement de corps, de corps nombreux, qui vont faire des choses inhabituelle et secouer l’ordre social, voire éventuellement le renverser ? On ne sait pas, mais à chaque fois qu’observe-t-on : l’ordre social en place a fini dans le temps long à se rendre odieux, et il y a quelque part, dit Spinoza, un point d’insupportable.

Enfin, la critique du format des émissions politiques est “spot on” :

la situation standard est plutôt celle d’un plateau à plusieurs invités, cette parodie de « débat » où les médias aiment à trouver la confirmation de leur essence démocratique, alors qu’aussi bien le déséquilibre des forces contradictoires en présence (quand les forces sont véritablement contradictoires, c’est-à-dire que tous les experts ne disent pas à quelques variantes près la même chose), la complicité active de l’animateur, généralement un de ces « grands » des médias dont on sait de quel côté ils penchent, l’indigence des formats, c’est-à-dire des temps alloués à la parole, et le climat de demi-foire d’empoigne avec interruptions permanentes conspirent pour rendre absolument impossible de développer un point de vue hétérodoxe, d’emblée privé de tout l’arrière-plan de (fausses) évidences, de cela-va-de-soi (« On ne peut pas augmenter les impôts; », « La flexibilité est nécessaire. », « Comment peut-on envisager le protectionnisme dans une économie mondialisée. ») accumulés pendant deux décennies.

A lire ici.

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